Les théories du complot

Les théories du complot

            Après plusieurs mois de cohabitation avec le virus, nous avons également entendu de nombreuse théories conspirationnistes autour de la nature du virus, de sa propagation..

Pourquoi toutes ces théories voient le jour ? Comment pouvons nous faire pour ne pas tomber dans le piège de ces théories du complot ?

            Nous n’en sommes pas à notre premier événement mondial. Avant le covid-19, l’humanité a déjà été amené à devoir affronté des événements plus ou moins de cette ampleur, malheureusement avec autant de conséquences dramatiques si ce n’est pire. Dans l’histoire, tous les grands événements ont amené leurs lots de théories du complot, certaines totalement farfelues ou dénouées de sens et d’autres un peu plus réalistes. 

Pourquoi toutes ces théories voient le jour et pourquoi nous y sommes tant sensibles ?

            Cette situation que nous vivons est importante. Le virus a traversé toutes les frontières et a tué plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques mois. Face à cette pandémie, les différents gouvernements se sont adaptés et ont pris des mesures exceptionnelles. Les avions sont cloués au sol, l’économie est en pause, les personnes sont confinées chez elles et nous avons du nous adapter à un nouveau quotidien avec de nouvelles contraintes. Nous pouvons donc dire que cette situation nous touche émotionnellement de plein fouet. Anxiété et dépression, l’expression des émotions peut être décuplée en cette période et pour un grand nombre d’entre nous, une tendance à somatiser car une difficulté à gérer les émotions. Cette difficulté à pouvoir gérer une émotion trop importante peut être l’une des portes d’entrée des croyances aux théories du complot. Pour cela, il serait intéressant de se pencher sur la notion d’heuristiques.

            Les heuristiques de jugement, concept généralement employé dans le milieu de la cognition sociale, représentent des opérations mentales automatiques, intuitives et rapides pouvant être démontrées mathématiquement ou non. Ce sont ces pensées que nous avons qui court-circuitent le raisonnement. Les heuristiques permettent aux personnes de gagner du temps puisqu’en les utilisant, elles ne prennent pas en compte toute la complexité des informations pertinentes à la situation. Cependant, elles mènent parfois à des erreurs dans la prise de décision. C’est finalement ce qu’il se passe lorsqu’on s’empêche plus ou moins consciemment de réfléchir ou de vouloir comprendre toute la complexité d’une situation et éventuellement se mettre en difficulté pour gérer émotionnellement ce qui nous arrive.

            Cette tendance à vouloir éviter une anxiété trop importante face à une situation qui nous dépasserait serait une des raisons pour lesquelles nous serions aussi réceptifs aux théories du complot mais ce n’est pas la seule raison. Il a été démontré que les personnes qui présentaient des ressources cognitives peu évoluées avaient également tendance à croire plus facilement aux théories du complot puisqu’elles n’avaient pas forcément les compétences pour comprendre correctement la situation et choisissaient la facilité en croyant à toutes les théories portées à leurs oreilles.

            Aussi, il est intéressant de voir comme ceux qui propagent les fausses informations ont pour habitude de vouloir absolument convaincre les autres. La plupart d’entre nous avons peur d’être ridicule si nous ne partageons pas les mêmes croyances. Donc si plusieurs personnes nous disent que le covid-19 a été fabriqué dans un laboratoire, que c’est à cause de la 5G ou si tout ça c’est pour nous mettre une puce et nous contrôler, nous aurions tendance à vouloir nous rapprocher de la pensée commune de peur d’être jugé, isolé et que l’on se moque de nous. C’est ce qu’il se passe lorsque nous passons devant un restaurant où il n’y a aucun client à l’intérieur; la carte est alléchante, le décor est joli mais nous ne préférons pas être le premier client, pensant que si le restaurant est vide c’est certainement parce que la nourriture n’est pas bonne ou pour d’autres raisons que nous allons nous inventer. Ce serait encore pire si d’autres personnes nous verraient hésiter devant le restaurant, il y aurait alors vraiment très peu de chance que nous nous aventurions à essayer cette adresse. En revanche, si un couple devant nous rentre dans ce même  restaurant, nous aurions plus de facilités à vouloir également essayer ce nouveau restaurant, se sentant rassuré de ne pas être les seuls. Ce même comportement nous amène à accepter d’attendre 45 minutes avant d’avoir une table pour un lieu réputé car d’autres personnes aussi font la même chose. Ce sont ces mêmes comportements qui nous amènent à croire plus facilement aux théories du complot et à cumuler des expériences basées sur des intuitions plus ou moins réussies mais qui servent de bases pour émettre de nouvelles théories.

Comment pouvons nous faire pour ne pas tomber dans le piège de ces théories du complot ?

            De manière générale, nous faisons du mieux que nous pouvons en tout temps. Parfois certaines périodes peuvent être plus difficiles et peuvent nous rendre plus fragiles, plus sensibles et davantage réceptifs à des comportements qu’on n’explique pas toujours.

            Comme nous l’avons vu plus haut, le fait de croire facilement à des théories du complot serait expliqué par différents facteurs. Alors est ce qu’il est vraiment mauvais de croire à toutes ces théories du complot ? Selon moi, pas nécessairement…

            Si vous souhaitez vous préserver de fausses croyances, il vous faudrait vous donner les moyens d’avoir accès à un maximum d’informations, faire vos propres recherches, étudier l’ensemble des éléments relatifs à un événement. Ceci est fastidieux et très probablement peu réalisable. Donc il semblerait que nous soyons finalement tous plus ou moins réceptifs aux différentes informations que l’on nous rapporte. Ajouté à cela, le vécu de chacun, la fragilité émotionnelle et la peur de penser différemment de la pensée la plus commun, il devient alors très facile de céder aux théories du complot. J’aurais tendance à vouloir dire, si le fait de croire, le temps d’une période, que le virus dépendrait d’une raison qui reste encore non certifiée vous aide à traverser cette même période avec moins d’anxiété, c’est un moyen comme un autre d’affronter ce moment difficile et si ces théories infondées n’engendrent pas de conséquences importantes de passage à l’acte ou de comportements plus graves que simplement la croyance elle même, il n’y a rien de mal. Ces théories ne soigneront pas votre anxiété mais peut-être qu’elles vous aideront à faire face à la situation, à maintenir des échanges avec votre entourage et vous amèneront à vouloir vous intéresser davantage à l’actualité jusqu’à ce que les théories avancées soient démenties.


       

Mr. Gabriel Rafi

  • Graduated in neuropsychology and cognitive psychology from University Paris Descartes, France.